Sortir de la dépendance américaine pour les catapultes du PANG
Le porte-avions France libre entrera en service en 2038 avec trois catapultes conçues par un industriel américain. La France maîtrise la propulsion nucléaire navale, que trois pays au monde savent faire, mais pas le système qui lance ses avions. Ce dossier chiffre cette dépendance et examine une sortie possible : co-développer une catapulte électromagnétique avec l'Inde, seul partenaire non aligné à construire des porte-avions.
Nous savons propulser un porte-avions à l'atome, nous ne savons pas en catapulter les avions : la souveraineté s'arrête à cent mètres du pont.
Le bâtiment est français. Les chaufferies nucléaires sortent de Cherbourg et de TechnicAtome, le CEA en garantit la maîtrise, Naval Group assemble, Dassault fournit les aéronefs. Trois pays au monde savent propulser un porte-avions à l'énergie nucléaire, et la France en fait partie.
Les catapultes ne le sont pas. Le France libre embarquera des EMALS et un système d'appontage AAG conçus par General Atomics, comme le Charles de Gaulle embarquait déjà des catapultes à vapeur américaines. Sans elles, le porte-avions le plus coûteux jamais construit en France ne lance pas un avion. C'est la définition même d'une dépendance critique : un composant sans substitut, dont le fournisseur est unique et étranger.
opérations de cession vers des acquéreurs américains entre 2015 et 2025
milliards d'euros de valeur cumulée d'actifs cédés sur la période
emplois concernés en France au moment des opérations
Un fournisseur unique, une technologie sous ITAR, un calendrier de quarante ans : les trois conditions d'une vulnérabilité structurelle.
General Atomics est aujourd'hui le seul industriel au monde à produire une catapulte électromagnétique en série. Il n'existe pas de deuxième offre : le choix n'en est pas un. La Chine développe sa propre solution pour son troisième porte-avions, ce qui confirme que la technologie est accessible à qui décide d'y investir, mais ne crée aucune option pour Paris.
Le passage à l'électromagnétique n'était pas un caprice. Le futur chasseur de nouvelle génération sera plus lourd que le Rafale, et les drones du système de combat aérien du futur seront beaucoup plus légers. Une catapulte à vapeur ne sait pas moduler sa poussée sur une telle amplitude : elle briserait les drones. Le pont plat impose l'EMALS.
Reste la durée. Un porte-avions sert quarante ans. Sur une telle période, l'hypothèse d'un refus de licence, d'un durcissement ITAR ou d'un conditionnement politique de la maintenance n'est pas une spéculation : c'est un risque qu'il faut provisionner. Les précédents existent, du Rafale égyptien aux satellites Pléiades.
Le coût d'entrée, l'absence de marché intérieur, le confort du fournisseur installé : pourquoi la France n'a jamais lancé sa catapulte.
L'absence de catapulte française n'est pas un accident technique, c'est le résultat d'un calcul économique répété à chaque programme. Trois mécanismes le reproduisent.
01Un coût de développement sans amortissement possible
développer une catapulte électromagnétique se compte en centaines de millions d'euros, pour un seul navire client. Aucun industriel ne prend ce risque, et l'État préfère acheter, programme après programme.
02L'absence de marché intérieur
les États-Unis amortissent l'EMALS sur les porte-avions de la classe Ford. La France en a un. Sans partenaire extérieur, l'équation industrielle ne se ferme jamais, quel que soit le niveau de volonté politique.
03Le confort du fournisseur installé
acheter américain transfère le risque technique et raccourcit le calendrier. À chaque décision prise isolément, l'achat est rationnel. C'est l'accumulation de ces décisions rationnelles qui produit la dépendance.
Chiffrer l'alternative, sonder l'Inde, provisionner le risque : trois conditions pour transformer une dépendance acceptée en choix assumé.
Aucun accord franco-indien sur les catapultes n'existe à ce jour : l'option indienne est un scénario à instruire, pas un programme en cours. Elle mérite pourtant l'examen, parce que l'Inde est le seul pays à la fois non aligné sur Washington, engagé dans un programme de porte-avions et déjà client de l'aéronautique de combat française. Trois conditions, classées par ordre de faisabilité.
I.Chiffrer publiquement le coût d'une filière souveraine
demander à la Direction générale de l'armement une évaluation contradictoire du coût et du délai d'un développement national ou européen de catapulte électromagnétique. Sans ce chiffre, le débat reste une querelle d'opinions.
II.Ouvrir une étude de co-développement avec l'Inde
mandater un dialogue technique sur un programme conjoint de catapulte, adossé au partenariat stratégique existant et à la relation Rafale. Deux marines clientes changent l'équation d'amortissement qui bloque le dossier depuis vingt ans.
III.Provisionner le risque ITAR dans le contrat en cours
négocier dès maintenant les garanties de maintenance, d'accès aux pièces et de liberté d'emploi sur quarante ans, et rendre publiques les clauses obtenues. Un risque non écrit est un risque non géré.